Article pour Tribunes socialistes

 

Nicolas Sarkozy défendra à l’Assemblée à partir du 21 novembre le projet de loi de prévention de la délinquance adopté au Sénat en première lecture. Promis à maintes et maintes reprises depuis 2002, ce projet de loi est finalement déposé quelques mois avant les élections. Nul ne peut évidemment penser que ce texte, élaboré sans aucune concertation, a vocation à être appliqué. Il ne saurait masquer l’échec de la politique de sécurité conduite depuis 2002. 

 

Depuis quatre ans les lois Sarkozy passent, mais la violence reste. L’insécurité générale s’est accrue, les chiffres sont sans appel.  Nous restons sur les hauts plateaux de la délinquance. Les violences contre les personnes, elles, explosent : au mois de septembre dernier, selon l’Observatoire national de la délinquance, les violences « non-crapuleuses » avaient augmenté de 5,6 % sur les douze derniers mois et les atteintes aux personnes avaient progressé de 6,2 %. Les violences scolaires s’intensifient : 82 007 faits graves ont été recensés dans les collèges et lycées publics en 2005-2006, 9 agressions de personnels de l’éducation nationale se produisent chaque jour. Les résultats de la droite ne sont pas plus probants concernant la délinquance des mineurs : entre 2001 et 2005 la hausse du nombre de mineurs mis en cause a été de plus de 4% selon l’OND.

Tout autant préoccupant, les violences urbaines de l’automne 2005 dans 80 départements de France métropolitaine. Un climat de tension latente est durablement installé dans certains quartiers abandonnés suite à la suppression de la police de proximité. L’actualité nous le rappelle hélas quotidiennement et souvent de façon tragique, comme à Marseille. Nous constatons aussi la multiplication des agressions prenant pour cible des policiers : nous en sommes à plus de 3 000 depuis le début de l’année.

Mais qu’a fait la droite depuis quatre ans alors qu’explose la violence ? Elle a méthodiquement démantelé les actions existantes : réduction des budgets des services publics, suppression de milliers d’emplois jeunes dans les quartiers et de milliers de postes de surveillants et d’aides éducateurs dans les écoles, moyens coupés aux associations… L’action de l’ensemble des acteurs de la prévention en a été profondément déstabilisée. Les promesses du gouvernement qui semblait redécouvrir la prévention après les émeutes du mois de novembre ont fait long feu.

Nicolas Sarkozy poursuit sa fuite en avant électoraliste et nous propose une sixième[1] loi depuis sa loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure de 2002. Des lois toutes répressives et qui n’ont fait l’objet d’aucune évaluation. Le contenu de ce nouveau texte montre que la droite n'a tiré aucune leçon, encore une fois c’est moins d’Etat social et plus d’Etat pénal. On nous propose un texte répressif et fourre-tout qui aborde dans le désordre, les pouvoirs des maires, la santé mentale, les questions de toxicomanie, la justice des mineurs, les problèmes scolaires, la procédure pénale… 

Aucune mesure ne peut être efficace si nous n’agissons pas sur les causes profondes de la délinquance  au travers d’une lutte contre toutes les discriminations, contre la ghettoïsation territoriale et sociale, pour l’emploi et pour l’éducation, contre les communautarismes pour permettre le vivre ensemble. Les socialistes, fidèles à leurs valeurs, formulent des propositions pour une solution démocratique afin de prévenir la délinquance et la violence. Le projet socialiste propose les grands principes d’une politique de sécurité durable pour tous et partout qui entend agir avec fermeté contre la délinquance et contre ses causes et qui n’oppose pas prévention et répression. L’efficacité de la lutte contre la violence appelle en effet une démarche globale fondée sur la précocité de la prévention et de la sanction, une approche globale à l’opposé des « coups » médiatiques de Nicolas Sarkozy. 

 

La prévention des incivilités qui ne sont pas de nature pénale doit redonner tout son sens à la notion de civilité par la promotion d’une solidarité et d’une sûreté de voisinage. La prévention doit également être de nature dissuasive pour  se concentrer sur les situations de risque de passage à l’acte. La nécessaire répression des violences urbaines doit être accompagnée d’une politique de la ville continue et renforcée et si évidemment la prévention de la récidive constitue un volet important de la prévention de la délinquance, elle ne saurait s’y substituer contrairement à  la vision rudimentaire de Nicolas Sarkozy pour qui la sanction constitue le nec plus ultra de la prévention.

 

Une nouvelle police de proximité ainsi que l’éducation spécialisée et les nouveaux métiers de la prévention seront les instruments principaux mais non exclusifs pour la mise en œuvre  d’une intervention dissuasive, à développer en priorité dans les territoires les plus difficiles. Le rétablissement d’une relation républicaine et pacifiée entre jeunes – que nous ne confondons pas avec les délinquants - et police doit être une priorité. Le gouvernement semble d’ailleurs prendre acte des conséquences de la suppression de la police de proximité si l’on en croit les récentes déclarations de Dominique de Villepin sur la création d’une police de « tranquillité publique » contredisant son ministre de l’Intérieur.

 

S’agissant des pouvoirs des maires : le projet de loi organise une nouvelle défausse de l’Etat sur le maire, en matière de sécurité comme en matière de santé. Comment les maires pourront-ils réussir là où l’Etat est défaillant alors qu’ils ne bénéficieront d’aucun moyen supplémentaire? Car en effet, le budget de la mission budgétaire sécurité adopté le 7 novembre dernier ne contient aucun financement supplémentaire pour le projet de loi de prévention de la délinquance. Ce sera un nouveau transfert de charges non financées alors que l’Etat ne respecte déjà pas ses promesses budgétaires ; les effectifs de policiers, de gendarmes, de magistrats, d’éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse mais aussi les médecins scolaires et les enseignants ne sont pas au rendez-vous.

 

Le maire ne saurait être shérif pas plus que délégué du procureur ou du Préfet. Au niveau local, le maire doit être un acteur majeur des politiques partenariales de sécurité et de prévention mais dans le strict respect de la séparation des pouvoirs et des compétences, ce qui exclut toutes incursions dans la chaîne pénale. Nous devons proposer une nouvelle architecture institutionnelle de la prévention de la délinquance. La politique de prévention de la délinquance est une politique interministérielle et doit donc être rattachée au Premier ministre et non au ministre de l’Intérieur.  Des territoires prioritaires et des véritables contrats locaux de sécurité et de prévention doivent être élaborés.

 

Le droit commun doté des moyens de l’Etat (police, justice, éducation, santé) doit traduire un engagement national fort pour combattre la violence. Cela implique le regroupement et l’augmentation des crédits spécifiquement dédiés à la prévention de la délinquance. Nous proposerons la création d’un Fonds National de Prévention de la Délinquance alimenté par une taxe sur la grande distribution, les compagnies d’assurance et les sociétés privées de sécurité pour financer les actions innovantes au niveau local.

 

S’agissant la mise en œuvre du secret partagé dont le maire serait le destinataire via un professionnel coordonnateur désigné par lui-même, le leurre est double. Les professionnels de santé et les travailleurs sociaux travaillent ensemble en confiance sur le fondement d’une déontologie simple : les informations échangées sous le sceau du secret commun ne peuvent servir que l’intérêt du jeune et de sa famille et ne peuvent être divulguées. En même temps, il ne peut être question de se défier du maire. Il ne s’agit pas de faire du maire un super travailleur social mais de favoriser l’articulation entre les différentes compétences professionnelles pour trouver des réponses ciblées dans l’esprit des cellules de veille éducative créées par la gauche en 2001. Les socialistes proposent de définir le secret missionnel des travailleurs sociaux dans le respect des compétences institutionnelles définies par la loi.

 

En matière de délinquance des mineurs, c’est la quatrième réforme de l’ordonnance de 1945 depuis 2002. La logique est toujours la même : aligner de plus en plus le droit applicable aux mineurs sur celui des majeurs. Nous devons sauver la justice des mineurs et nous opposer toute rupture avec les principes fondamentaux du traitement différencié des mineurs par rapport aux majeurs. L’ordonnance de 1945 n’est ni un totem ni un tabou : nous ne sommes pas opposés à une refonte du texte, à partir du moment où l’objectif est d’apporter des réponses efficaces et justes.  C’est pourquoi il faut organiser de véritables Etats-Généraux de la Justice des mineurs. Trois objectifs doivent nous guider : le respect du principe fondamental selon lequel un mineur ne peut être jugé comme un majeur, la lisibilité de l’échelle des sanctions permettant une réponse adaptée et proportionnée à tout acte de délinquance commis par un mineur, le développement massif des alternatives à la prison. La misère actuelle de la justice des mineurs reste l’obstacle majeur à son efficacité et sa réactivité ; il faut des ressources humaines en juges, greffiers et éducateurs de la PJJ.

 

Pour les socialistes, la prévention des violences juvéniles doit être envisagée plus en amont et de façon continue. Il ne s’agit en aucun cas de prévoir le dépistage de troubles du comportement chez les jeunes enfants dans une logique déterministe mais de prévenir le risque de rupture éducative par rapport à l’environnement familial, scolaire et social. Un plan gouvernemental pour la prévention précoce des violences juvéniles doit être élaboré. Il doit prévoir la prévention des violences scolaires (renforcement de l’encadrement adulte dans les établissements, maîtres d’internat, surveillants d’externat, assistants d’éducation, tutorat, construction d’internats scolaires), généraliser la veille éducative pour prendre en charge dans la continuité de façon personnalisée les souffrances des enfants et des adolescents.

 

Quant à la question de la santé mentale et des pratiques addictives, nous estimons qu’il s’agit de sujets de santé publique qu’il convient de traiter en tant que telles dans le cadre d’une grande loi de santé publique et de prévention. L’amalgame entre malades et délinquants est dangereux et dénoncé par le monde de la psychiatrie, médecins comme usagers.

 

Il apparaît aujourd'hui très clairement que ni la mise en œuvre de la LOPSI, ni l'inflation législative sécuritaire à laquelle Nicolas Sarkozy a procédé depuis 2002 ne seront parvenues à apporter de véritables réponses aux questions de sécurité qui accablent toujours autant nos concitoyens. La prévention a été la grande oubliée de sa politique depuis quatre ans. Il est vrai qu’un travail en profondeur se met plus difficilement en scène. Là où il eût fallu avant tout un plan de prévention, véritable engagement national d’action contre la délinquance et la violence, Nicolas Sarkozy prépare à la veille des échéances de 2007 une nouvelle fuite en avant législative et électoraliste. 

 

Un an après les émeutes de 2005, Nicolas Sarkozy persiste et signe. De même que son objectif n’est plus de faire de la police dans les banlieues mais d’interpeller dans les banlieues, il ne s’agit pas ou plus de prévenir la violence des mineurs en agissant  sur les causes mais essentiellement de condamner sans éduquer en réprimant les seuls effets de cette violence. Dans cette myopie réside le véritable laxisme. Et ce laxisme de Nicolas Sarkozy, c’est demain la certitude d’une nouvelle aggravation à la fois de l’insécurité, de la violence et de la crise de confiance envers les institutions démocratiques. Les députés socialistes s’opposeront à ce texte inutile et dangereux, dénonceront les vraies réalités du mauvais bilan de la droite depuis 2002 et défendront aussi avec conviction les propositions alternatives pour une véritable solution démocratique pour la sécurité.

 

 

 

 

 

 

 



[1] A savoir : loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure, loi d’orientation et de programmation pour la justice (Perben I), loi pour la sécurité intérieure, loi d’adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité (Perben II), loi relative au traitement de la récidive des infractions pénales.