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Les fouilles
menées par les archéologues au carrefour de la Patte d'Oie ont révélé un
patrimoine historique considérable datant du Ier au IVème siècle avant
Jésus-Christ.
Du carrefour antique au carrefour
moderne
Les fouilles ont commencé le 16 août 2004 avec une
équipe de huit personnes emmenée par Françoise Jobic, archéologue. Le
chantier était prévu pour une durée de six mois mais, les recherches s’avérant
plus difficiles et surtout plus fructueuses que prévu il a été prolongé
jusqu’au milieu de l’été 2005. Les recherches ont mis en évidence
l’existence d’une agglomération gallo-romaine qui évolue
chronologiquement du début de notre ère jusqu’au début du
ive siècle après Jésus-Christ. La N 17 recouvrirait l’axe antique
Paris-Senlis. Probablement perpendiculaire à cet axe, une voie secondaire
traversait l’agglomération en direction de la Seine-et-Marne. De gros
blocs de pierres délimitent le trottoir de la surface de circulation
marquée par des ornières. Quelques éléments de datation permettent d’assurer
son utilisation au iiie siècle après Jésus-Christ. Plus au nord, un autre
cheminement empierré de même orientation a été mis au jour. Plusieurs bâtiments
d’habitation avec caves sont construits le long de la voie antique. Une
grande cour se développe à l’arrière de chaque habitat. Ces cours, closes
par des murs, comprennent puits, puisards, canalisations, bâtiments
annexes et vestiges artisanaux. « Nous n’avons rien inventé, s’amuse
Françoise Jobic. Nous avons retrouvé l’arrière des habitats, le lieu de vie
proprement dit. Nous n’avons pas les façades et les trottoirs qui sont
sous la N 17, mais nous avons l’arrière. On a découvert quinze caves. On
peut donc supposer qu’il existait quinze bâtiments. À l’arrière de ces
bâtiments, des cours. C’est un peu comme aujourd’hui. Le bâtiment est
attenant à la rue et la cour est à l’arrière. »
Des constructions du Ier au IVe siècle
L’équipe d’archéologues
a pu constater que les vestiges dataient aussi bien du début de notre ère
que de trois siècles plus tard. Il s’avère, et même les profanes peuvent
s’en apercevoir sur le chantier, que plusieurs générations ont
reconstruit leur habitat au fur et à mesure par-dessus les fondations
précédentes, faisant de ce site une agglomération composée de plusieurs
niveaux. À chaque génération, il semble que les habitants changeaient le
plan de leur maison, tout en gardant les premières fondations. « À chaque
fois, les habitants remettaient une couche de remblais et
reconstruisaient. Dans les caves, les escaliers et les anciens murs ne
sont pas de la même époque », confirme Françoise Jobic. Les matériaux de
construction utilisés étaient locaux.
Un patrimoine révélé
Les fouilles ont appris aux archéologues comment
était constituée l’agglomération. Elles ont également livré de nombreux
objets, dont certains sont très bien conservés. On a retrouvé dans une
des caves une
statuette en bronze représentant la déesse mère, ou déesse d’abondance,
ainsi que des céramiques complètes, d’autres morcelées, des objets en
fer, des chandeliers, des fragments d’outils agraires… La découverte de
ces objets et des vestiges du site
démontre la richesse du patrimoine gonessien. Cette agglomération antique
est la seule de ce type dans tout le nord-est de l’Ile-de-France ! «
Jusqu’ici, nous n’avions fait que des découvertes fortuites et
clairsemées. On savait que la RN 17 était une ancienne route romaine.
Nous n’avons donc pas été surpris de savoir qu’il se trouvait une
agglomération à proximité. Mais avec ces fouilles, ainsi que celles
réalisées aux Tulipes Nord, nous savons aujourd’hui que nous avons sur ce
plateau, qui se trouve sur la vallée du Crould, des vestiges importants
qui démontrent que le passé gallo-romain de Gonesse est plus riche qu’on
ne l’imaginait, souligne le maire Jean-Pierre Blazy. Pour faire découvrir
ce passé aux Gonessiens, nous tiendrons à la rentrée une conférence dans
le cadre des Journées du patrimoine et une exposition sera organisée en
2006. »
« La Ville nous a beaucoup soutenus, s’enthousiasme Françoise Jobic. Ces
fouilles nous ont permis de poser les pièces du puzzle pour cette
période-là. On savait où se trouvait la partie rurale de la région,
désormais on sait où est sa partie urbaine antique. Une ancienne ferme avait
d’ailleurs été trouvée vers le quartier des Tulipes. » Les recherches ont
également révélé un fossé circulaire, antérieur aux autres constructions.
Il date de la période protohistorique, c’est-à-dire qu’il a été creusé
entre la fin du troisième millénaire avant Jésus-Christ et le début de la
conquête romaine en Europe. Cette période comprend l’âge du bronze et l’âge
du fer. Les objets trouvés lors des fouilles sont, pour l'instant,
conservés au service départemental d'archéologie du Val d'Oise.
Des questions en suspens
Après la fin du chantier,
plusieurs questions se poseront à l’équipe d’archéologues qui ne peuvent
évidemment pour l’instant que tirer des hypothèses de leurs découvertes.
Si les fouilles leur ont fourni nombre d’informations, il leur faudra
croiser les données photographiques, les coupes et les relevés
topographiques pour déterminer, entre autres, si l’agglomération a été
pensée avec la voie ou si elle n’a été construite qu’après. D’autres
mystères resteront à résoudre. Le fossé le long de l’axe antique est-il
en relation avec la voie antique ? Quels types d’activités étaient
exercés dans ces habitations et ces cours ? En quoi consistait l’économie
de l’agglomération ? Des habitats sont-ils venus border la voie
secondaire ? Cette agglomération portait-elle un nom, et lequel ? Autant
de questions auxquelles répondront très certainement les archéologues une
fois le croisement et la synthèse des données achevés.
Des fouilles avant des travaux d’envergure
Les recherches effectuées à la Patte-d’Oie, qui
avaient débuté avec la destruction de l’autopont l’année dernière, interviennent
avant les travaux d’élargissement du carrefour projetés par la Direction
départementale de l’Équipement du Val-d’Oise.
Dès la fin de cette année, un pont sera construit pour permettre le
passage des routes départementales 84 et 902, ainsi que des piétons et
des cyclistes au-dessus de la RN 17. Une voie de desserte des habitations
et des entreprises sera créée, un bassin étanche de rétention et de
traitement des eaux sera réalisé et un revêtement anti bruit sera mis en
place le long de la trémie.
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