Contrôle de la validité  des mariages : un projet de loi inacceptable

 

Jean-Pierre Blazy est intervenu le 22 mars à l’occasion de l’examen à l’Assemblée Nationale d’un projet de loi proposé par le gouvernement Villepin relatif à la validité des mariages. Ce texte se révèle être un nouveau dispositif de contrôle des mariages mixtes effectués à l’étranger, mis en place à des fins de maîtrise des flux migratoires.

 

Le détournement du mariage à des fins migratoires existe, il ne faut pas faire preuve d’angélisme à ce sujet. Pourtant ce nouveau texte qui concerne à la fois les mariages en France et à l’étranger sonne avant tout comme  l’aveu de l’échec de la loi de 2003 sur la maîtrise de l’immigration, le séjour et la nationalité des étrangers en France. Mais pour des raisons électorales, le Gouvernement a préféré présenter un nouveau texte modifiant des dispositions à peine mises en application.

 

Le Gouvernement confond le nombre de mariages mixtes et celui des enfants nés de couples mixtes mais sur le seul territoire national.  C’est la preuve selon lui que le mariage est « utilisé à des fins étrangères à l’instauration du lien conjugal et à la fondation d’une famille ». Il semble regretter que les couples mixtes ne donnent pas naissance à suffisamment d’enfants. Mais personne n’est dupe : la majorité gouvernementale a toujours été la première à alimenter l’idée reçue selon laquelle les étrangers ont une fécondité envahissante.

 

Mais selon l’Institut National des Etudes Démographiques seulement 40% de l’accroissement de la population sont dus à l’immigration en France : ce qui place la France dans les derniers pays d’Europe par l’importance de l’immigration.

 

Selon les chiffres, sur 45 000 mariages mixtes célébrés à l’étranger les services consulaires ont saisi le parquet de Nantes pour 1733 affaires seulement,  32 à 53% d’entre elles ont débouché sur assignation. En 2004 il y a eu 786 décisions d’annulation de mariages selon la Chancellerie ; sur ce chiffre combien de mariages mixtes et combien de mariages mixtes à l’étranger ? A s’en tenir aux assignations on s’aperçoit que 1% des mariages mixtes à peine semblent être frauduleux.

 

Pourquoi chercher à tromper les gens sur l’ampleur du phénomène ? Le Gouvernement se plaît à conforter des idées reçues contraires à la réalité et se sert de son nouveau projet de loi comme d’un outil de contrôle de l’immigration. Si le mariage est parfois détourné, il est faux de prétendre que le mariage avec un conjoint français conduit à l’acquisition automatique d’un titre de séjour et encore moins de la nationalité française. En 2004,  34 440 étrangers ont acquis la nationalité française par le mariage, c’est deux fois moins que ceux qui ont été naturalisés (75 753). Relativisons donc le détournement du mariage par rapport aux autres modes d’acquisition de la nationalité.

 

Les mariages forcés seront toujours trop nombreux et inacceptables.  Dans ce texte cet objectif de prévenir les mariages forcés n’est pourtant utilisé que comme un alibi : le dispositif n’apportera pas d’efficacité supplémentaire dans la lutte contre cette pratique intolérable.

En réalité la loi consiste à transférer aux consulats la charge de veiller à la lutte contre les mariages frauduleux, et cela sans que les consulats n’aient les moyens suffisants pour réaliser ces contrôles :   dans le doute ils préfèreront systématiquement s’opposer  et les délais s’allongeront encore.

 

Nous savons bien que la fraude existe mais selon le Conseil Constitutionnel le mariage doit d’abord être une liberté et non un outil de régulation de l’immigration. Il le rappelle dans sa décision du 13 août 1993 : « le législateur peut prendre à l’égard des étrangers  des dispositions  spécifiques mais il lui appartient de respecter les libertés et les droits fondamentaux ». Parmi ces droits et libertés figurent la liberté du mariage et le droit de mener une vie familiale normale.

 

Le simple fait d’être un étranger en séjour irrégulier ne doit pas suffire pour suspecter un mariage de complaisance. A ce sujet une disposition de ce projet de loi retient notre attention : les futurs époux devront justifier de leur identité « au moyen d’une pièce délivrée par une autorité publique ». Cette pièce sera le titre de séjour, évidemment…

 

Pour les mariages conclus à l’étranger le Gouvernement propose un nouveau dispositif qui se révèle être une véritable usine à gaz qui multiplie les contrôles à priori avec lesquels nous sommes d’accord à condition que les auditions ne se répètent pas à l’infini. Mais ce système ajoute aussi des contrôles à posteriori qui s’ajoutent à la possibilité qui existe déjà de demander l’annulation du mariage  pendant 30 ans.

 

Lors d’un mariage à l’étranger, quel que soit le consulat, le temps de la procédure consulaire risquera de s’élever à plusieurs mois, plusieurs années même pourront s’écouler entre le dépôt d’un dossier complet et sa prise d’effet en France. Il est certain que cette multiplication des obstacles vise à dissuader le mariage, ce que nous condamnons vivement.

 

Ce dispositif dissimule bien pire encore. L’ensemble des actes de l’état civil, dont l’acte de filiation, pourra sur simple suspicion être refusé d’inscription dans les registres, sans même qu’un magistrat, gardien des libertés, puisse s’y opposer. Autrement dit l’enfant d’un Français ou d’une Française ne pourra pas prouver sa filiation par le mariage de ses parents simplement parce que le pays où il est né figurera sur la liste noire d’une administration.

 

Cette architecture approfondira encore les inégalités entre Français en prenant le risque de restreindre l’exercice de leurs droits, établissant une règle différente dès lors que le mariage concerne un étranger. Les Français désireux de se marier avec un étranger seront moins libres que les autres de choisir leur conjoint.

 

En mettant en place des obstacles aux unions mixtes, le texte va provoquer une immigration clandestine d’un nouveau type. Nul doute que les conjoints n’ayant  pu parvenir au bout du parcours de cette transcription se rejoindront quand même sur le territoire national. Les autorités seront contraintes d’en tenir compte et de procéder alors à des régularisations massives.

Ce sera le mauvais résultat, un de plus, de la mauvaise politique du Gouvernement Villepin/Sarkozy.

 

 

A NOTER SUR VOS AGENDAS :

 

Une réunion publique aura lieu le Mardi 16 mai 2006 à 20h30 à la salle Jacques Brel de Gonesse. Elle aura pour thème :

 

« L’Emploi : les échecs de la droite, les propositions des socialistes »

 

Cette réunion aura lieu en présence de Eric BESSON (Député de la Drôme, Secrétaire National à l’Economie et à la Fiscalité).

 

 

Retrouvez plus d’informations sur le site:

 

www.jpblazy-depute.org