Décembre 2006                                  numéro 62

 

 

Projet de loi relatif à la Prévention de la délinquance

 

 

Mardi 5 décembre 2006 –

Explication de vote de Jean-Pierre BLAZY

 

 

Deux semaines de débats ont permis de mettre en évidence l'échec de la politique de sécurité du Gouvernement (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste) : la délinquance générale reste à un niveau élevé et les violences aux personnes ont fortement augmenté en quatre ans.

 

Monsieur le ministre d’État, dont je note l’absence, prétend avoir réduit la délinquance mais il a surtout échoué à juguler la violence (Protestations sur les bancs du groupe UMP). Les objectifs que ce gouvernement affiche dans ce projet sont ceux-là même qu’il a été incapable d'atteindre pendant quatre ans. Ce texte porte mal son nom : au lieu de s'attaquer aux racines de la violence, vous proposez d'adopter un sixième projet sur la sécurité pour en fait dissimuler votre échec !

 

Ce texte est à la fois inutile, confus et dangereux. Inutile car, à quelques mois des élections, vous faites de l'affichage. La loi ne sera pas appliquée : il faudrait une quinzaine de décrets. Confus, sur la forme, car il a été sans cesse modifié par le

Gouvernement et le président de la commission ; le débat s'est parfois enlisé, le Gouvernement ne parvenant pas à mobiliser sa majorité et peinant à répondre à nos interpellations. Confus, sur le fond, car les différents niveaux de compétence sont brouillés. Dangereux, enfin, car au prétexte de faire du maire le « pivot » de la prévention de la délinquance, l’État se défausse sur lui. Cependant, celui-ci ne saurait pallier les insuffisances de l’État qui, en premier lieu, doit assurer la protection du citoyen.

 

Inacceptable et dangereux, ce texte l’est aussi pour tout ce qui concerne l’hospitalisation d’office. Si les dispositions qui en traitent n’ont pas encore été retirées malgré l’opposition unanime des psychiatres et des associations d’usagers, elles pourraient l’être ultérieurement puisque le Gouvernement a été autorisé à légiférer par ordonnance, grâce à une loi d’habilitation fort opportune…

 

Ce texte ne procède rien moins qu’à la quatrième réforme en quatre ans de l’ordonnance de 1945, pour – une fois encore ! – tendre à aligner le droit applicable aux mineurs sur celui des majeurs. Purement électoralistes, ces mesures seront sans effet. La misère actuelle de la justice des mineurs reste le principal obstacle à son efficacité et à sa capacité de réaction rapide. Ouvrant une nouvelle brèche dans l’ordonnance de 1945, vous remettez en cause l’excuse de minorité alors que celle-ci n’a jamais empêché de sanctionner comme il se doit un mineur délinquant.

 

Tout aussi dangereuses et inutiles sont les dispositions que vous introduisez pour faire croire aux policiers victimes de violences urbaines et d’agressions inacceptables qu’ils seront mieux protégés si les auteurs passent en cour d’assises.

 

Hormis l’amendement gouvernemental sur la réforme du permis à points, que nous avons voté, ce texte nous mène à nouveau dans une impasse. Il contribuera immanquablement à aggraver la violence, l’insécurité et la crise de confiance envers les institutions démocratiques.

 

En créant  un désordre injuste, votre politique est foncièrement laxiste. Pour la contrer, nous avons fait plusieurs propositions très constructives, que vous avez obstinément repoussées. Au choix de la compassion – incarné par M. Bénisti –, de l’agitation ou de la réaction, nous avons tenté d’opposer celui de l’action, de la réflexion et de la raison.

 

Pour être efficace, la lutte contre la violence appelle une démarche globale, fondée sur la précocité de la prévention et sur la rapidité de la sanction. C’est pourquoi nous proposons un débat national sur la délinquance des mineurs, comprenant – nous ne l’excluons pas – la réforme de l’ordonnance de 1945, en vue, notamment, de la rendre plus lisible pour nos concitoyens. Nous avons aussi proposé une définition de la politique de prévention de la délinquance, que le Gouvernement a rejetée sans motif valable.

 

La prévention de la récidive constitue à l’évidence un volet important de la prévention de la délinquance, mais elle ne saurait s’y substituer. Un véritable renouveau de la politique de prévention consisterait à trouver un point d’équilibre entre les réponses aux causes des comportements déviants et les réponses à leurs effets, lesquelles concernent à la fois les auteurs et les victimes.

 

Pour nous, la prévention de la délinquance relève d’une politique interministérielle animée par le Premier ministre, en non par le ministre de l’intérieur. Nous considérons en effet qu’être dur avec le crime ne suffit pas : il faut aussi être dur avec les causes du crime et aucune politique de prévention ne peut être envisagée sans une action forte et globale contre les inégalités sociales et urbaines.

 

Nous nous opposons à ce texte inutile, confus et dangereux, parce que nous croyons en une véritable solution démocratique pour la sécurité. Pour toutes ces raisons, le groupe socialiste votera contre ce texte. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste)

 

 

Retrait des badges sur l’aéroport de Roissy

 

 

Depuis mai 2005, 72 employés de l’aéroport de Roissy se sont vus retirer leurs         badges dans le cadre de la lutte anti-terroriste. Pour  Nicolas Sarkozy, « on ne peut pas accepter que des gens qui ont une pratique radicale travaillent sur une plateforme aéroportuaire ». On peut le comprendre mais les employés concernés et les syndicats estiment que ces méthodes sont discriminatoires. Ainsi une quarantaine de dossiers sont en cours d'instruction. Des recours en justice ont été engagés.

 

Jean-Pierre Blazy et les syndicats souhaitent  que cette affaire soit clarifiée au plus vite, mais la question des méthodes employées dans le cadre de la lutte anti-terroriste se pose sérieusement.

 

Pour votre député il y a évidemment un impératif de vigilance à respecter : il s’agit de la sûreté du transport aérien et donc de risques importants pour nos concitoyens.

 

Ce qui est contesté n’est pas tant le retrait des badges, c'est le retrait des badges sans fondement juridique ou factuel. Toute l’attention doit donc être portée avec rigueur sur cette situation, pour savoir si oui ou non le retrait des badges est justifié.

 

 

Jean-Pierre Blazy et toute son équipe sont heureux de vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d’année.

 

Retrouvez plus d’informations sur le site de Jean-Pierre Blazy :

 

www.jpblazy-depute.org